Le foot corpo n'est plus ce qu'il était
Il y a 50 ans; je pris contact avec le football corporatif qui avait à cette époque conquis ses lettres de noblesse. Deux fédérations se partageaient principalement ce football d'entreprise qui était un lieu de rencontre amical et convivial du monde de l'entreprise le week-end. Il s'agissait de la F.S.G.T. (Fédération Sportive et Gymnique du Travail) et la F.F.F. (Fédération Française de Football). Depuis le FOOT ENTREPRISE s'est éteint et a été progressivement remplacé par le FOOT LOISIRS.
Je me souviens de ces années soixante où la notion de vétéran n'existait quasiment pas, une période où se mélangeaient des jeunes comme moi de 16 à 18 ans et de vieux briscards – certains des ex-grands joueurs plus ou moins connus – de près de 40 ans.
L'engouement pour le football corporatif et son excellent niveau étaient dû au fait que nous pouvions avoir une licence en championnat « corpo » pour jouer le samedi et une autre comme joueur libre pour jouer le dimanche. Puis, lorsque cela fut interdit par la FFF on retrouva les joueurs libres dont certains jouaient à très haut niveau en FSGT, car les deux fédérations – concurrence oblige – ne se communiquaient pas les listings de licenciés.
J'eus ainsi la chance de jouer tout jeune avec des ex-professionnels et entre autres avec un jeune joueur de trois ans mon aîné qui allait devenir célèbre à Rennes en D1, Alain Cosnard vainqueur de la coupe de France 1971 avec le club phare breton. Il faut dire que le double surclassement était courant avec l'accord du médecin ce qui permettait de jouer en Senior dès 16 ans.
J'étais licencié au Stade Saint-Germanois dès la fin des années 50 et je fis mes premiers pas en corporatif au Centre sportif et artistique de la Défense Nationale, appelé aussi « Armées Puteaux », tout en restant licencié au club du camp des Loges (en 50 ans pas grand'chose a changé...) en 1962. Au CSADN, il y avait une équipe 1 qui jouait en PH et une équipe réserve qui jouait un championnat réserve PH. A l'époque, il existait très peu de divisions en championnat libre comme en championnat corporatif.
Le dimanche, la plus haute division était la 1ère division professionnelle suivie de la 2e division pro, puis on passait au football amateur avec le Championnat de France Amateur (ou 3e division). Dans ce CFA on comptait les fleurons du football amateur (Stade Saint-Germanois, AS Brestoise, Stade Brestois, Quevilly et quelques autres clubs amateurs célèbres pour ne citer que ceux qui raflaient souvent la mise) - il y avait même une équipe de France amateur -, ensuite, on trouvait la DH, la PH, la 1e div. Etc.. En corpo c'était la même chose mais à partir de la DH, tout en haut, puis la PH, la 1ère division, la 2e div., 3e div. Mais le niveau DH corporatif était quasiment équivalent à celui du dimanche après-midi et pour cause !
Mon club corpo Armées Puteaux jouait à Rueil-Malmaison (!) juste à côté des bâtiments occupés par l'armée où l'on fabriquait l'armement. Mes équipiers avaient pour nom Petit Louis, Nenesse, Ménage, Tricoche, Leduc, Massé, Abraham, Lehman et Cosnard parmi d'autres. Il y avait une certaine mixité et l'on retrouvait des joueurs algériens ou marocains comme « Akesbi » (pas le vrai, juste un surnom).
Il y avait une piscine et des tennis au bord du terrain de foot. A cette époque, le gazon se transformait vite en terrain de labour dès qu'il pleuvait et les matches se terminaient avec un kilo de boue à chaque chaussure et tout crotté. Il fallait une sacrée puissance – qui n'avait rien à envier aux grands joueurs actuels – pour extraire les ballons (faits de panneaux de cuir cousus ronds ou en bandes !) du magma où ils s'enfonçaient sur des pelouses défoncées...
C'était la fête, les familles venaient assister aux matches, pique-niquer éventuellement et l'ambiance était garantie. Nous participions à des déplacements parfois en province pour des coupes très sectorielles ou pour des tournois, toujours dans la joie sans violence mais avec un engagement toujours à la limite de la rupture dans tous les sens du terme... c'était très très physique !
C'était l'époque où même si certains d'entre nous ont été demandés dans des clubs pros, il n'y avait que du plaisir et l'argent était remplacé par la convivialité, les sandwiches, les merguez et un bon litron de rouge !
C'était dans les années 60, 70 et 80 à l'époque ou il y avait une coupe de la Presse avec des joueurs presque semi-pros, quand Hachette, NMPP, Didot-Bottin, Le Livre de Paris remportaient ce précieux trophée après trois victoires de suite qui donnaient lieu à beaucoup d'échanges, d'amitié et de plaisir !
André LOCUSSOL
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